Il n’y a pas d’hommes bleus au Maroc.

C’est la dernière mode, aller rencontrer les hommes bleus à Merzouga ou M'hamid.

Hélas, c’est comme si on vous montrait des gardiens de la Tour de Londres au pied de la Tour Eiffel, sous prétexte que les deux pays sont en Europe.

Un « homme bleu », c’est un Touareg. C’est un nomade berbère, certes, mais de l’autre coté du Sahara, dont la zone de nomadisme recouvre une partie du Mali, du Niger et de la Mauritanie, mais qui n’est jamais, jamais arrivé au Maroc.
Un homme bleu l’est parce qu’il porte des voiles teintés d’indigo, dont le bleu sombre, presque noir, déteint peu à peu sur sa peau, et la colore en bleu.

Ça, ce n’est pas un homme bleu. C’est un berbère marocain qui porte une djellabah et un chêche bleu clair. Et qui parle le dialecte tamazight ou tachelhit, une des cinq variantes de la langue berbère, ou amazigh pratiquées au Maroc, et qui est par contre incapable de comprendre le tamasheq, le berbère des Touaregs, aussi éloigné des dialectes marocains que le sicilien des rues peut l’être du wallon.

Ami

Ami

Les tribus nomades qui ont peuplé le Maroc sont venues peu à peu de l’est, de l’Egypte, en fait, dans un lent mouvement migratoire qui a commencé à la chute de l’empire romain.
Les tribus autour de Merzouga sont berbères, des Aït Khabache, qui n’ont jamais été Touaregs. Les tribus au sud de M’hamid sont arabes, des Hassani, qui se sont fixés là à l’époque où les sultans du Maroc les utilisaient pour casser la puissance des berbères, et notamment des Aït Atta.

Bref, sachez que si on vous propose les « hommes bleus », on vous propose quelque chose de faux, de monté de toutes pièces, juste parce que cela fait un peu rêver.

5 Comments

  1. dazahid
    Posted 5 Août '10 at | Permalink

    salam

    :))
    beaucoup d’humour dans cet article (de même que celui sur les « lieux de mémoire »)…
    Il me semble, en sus de la langue, que la culture des « Hommes Bleus », bien particulière, est bien éloignée de celles des berbères du Merzouga…
    Enfin bref, y en bien, en France, qui nous vendent des fait-touts en alu avec des « Hommes Bleus » sur le fond d’une PLV plastifiée :/

    L’Homme Bleu est un bon faire-valoir…

  2. Posted 5 Août '10 at | Permalink

    Salam et merci :)
    Oui vous avez tout à fait raison, la culture des « Hommes Bleus » est assez éloignée. Si on suit les hypothèses de certains ethnologues comme Germaine Tillon, ils seraient restés beaucoup plus proches d’une organisation originellement matriarcale, qui s’est peu à peu effacée chez les berbères plus « nordiste » (mais a laissé des traces, par exemple, dans les vocables de la parenté)

    L’Homme Bleu ira bientôt sur la Lune avec son fait-tout ^^

    Et pendant ce temps, la véritable culture Touareg se dilue dans la modernité, le dernier Amenokal est mort en 1973…

  3. Posted 16 Août '10 at | Permalink

    Pas mal ; je ne savait pas !

  4. Mohamed
    Posted 29 Nov '16 at | Permalink

    Je ne crois pas que vous avez bien fait assez de recherches sur le sujet. Quand vous basez sur de écrits européens et bien ils disent ce que les autres leur disent( traduction d’un interview seulement) ou alors ils écrivent ce qu’ils leur plait aussi. Donc tout est possible.
    Mais Il ne faut pas croire que les Marocains, Maliens, Tchadiens, Algériens, Nigerois, Mauritaniens, …ne savaient écrire. Avez-vous pensé à une simple question: Où sont passés ses écrits?
    Oui ils sont dans 8 pays( colonisateurs sûrement).
    Ce n’est pas un étranger qu’il faut attendre pour qu’il apprenne des choses sur votre pays. Non! ça ne marche pas comme ça.

    Je vais vous dire une seule chose: Saviez-vous que les caravanes venaient de Timbouctou et plus loin que la-bas pendant la période des Saâdiens? Ces caravanes portaient parmi les produits: l’indigo.
    ça c’est une première des choses, la deuxième: le Berbère est une langue. On attend de personne qu’il nous disent le contraire.

    c’est sûr l’internet reste encore un lieu où n’importe qui écrit ce qu’il veut. C’est dommage.

    Bon voyage.

  5. Posted 29 Nov '16 at | Permalink

    Bonjour Mohamed,

    il faudrait d’abord ne pas voir dans quelqu’un qui n’est pas marocain un colonisateur… que savez vous de ce que je suis, de mon histoire personnelle ? Vous vous mettez des oeillères en plaquant sur des gens des préjugés et en leur refusant une certaine connaissance simplement parce qu’ils ne seraient pas « marocains ». (Je mets « marocains » entre guillemets car justement, l’identité nationale marocaine a été créée par le colonisateur).

    Deuxième préjugé, vous pensez donc que je me base sur des écrits européens ? Pas seulement, pas seulement… avez vous lu Ibn Khaldoun, par exemple ? Qui vous dit que certaines de nos sources, justement, ne sont pas des marocains ? Des Aït Khebbach par exemple ? Ou Jemia Le Clezio, qui descend directement de Ma El Aïnin (qui était un Maure, et pas un Touareg) ?

    Vous nous demandez si nous savons que les caravanes venaient de Timbouctou ? Bien sûr :) avez-vous le le blog, nous en parlons souvent…. Mais caravanier ne veut pas dire « tribu établie », bien au contraire. Les caravanes partaient de très loin, les zones sub-sahariennes n’étaient que l’extrémité d’une route commerciale qui allait jusqu’ en Chine, par étapes, déchargements, rechargements. Les tribus marocaines du sud sont maures, zénètes, sanhadja, hassania. Elles ont un passé et une ascendance glorieuse. Pourquoi vouloir se draper dans quelque chose qui n’est pas vrai, juste pour faire plaisir au touriste ?

    Le berbère est une langue, « on attend de personne qu’il nous disent le contraire ». Certes. Et ? Où ai-je prétendu le contraire ? L’amazigh est une langue, avec plusieurs dialectes, plus ou moins compréhensibles directement, au fur et à mesure que la géographie éloigne les gens les uns des autres. Avez vous, comme nous, passé des soirées entières à comparer les mots et expressions tamazight et kabyle ? Avez vous assisté avec amusement, comme nous, aux tentatives difficiles de traduction par un locuteur du berbère de l’Atlas Central qui essayait d’aider un rifain et un touareg à se comprendre.

    C’est clair, l’internet reste encore un lieu où n’importe qui écrit ce qu’il veut, juge les autres, s’érige en censeur sur un texte qu’il ne comprend manifestement pas. Bon voyage à vous.

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